Tête-à-tête avec les employés de la SODECT | Patrimoine
Faire vivre l’histoire

par Julie Chênevert – Coordonnatrice – Médiation culturelle et éducation | SODECT

Rencontrez l'équipe!

  • Valérie Laflamme

    Valérie Laflamme est directrice patrimoine et événements.  Elle a pour principale responsabilité de développer et planifier des activités à caractère éducatif, culturel, historique et muséologique. Elle organise, supervise et réalise des activités d’animation, de diffusion, d’interprétation et de promotion patrimoniale afin d’assurer la mise en valeur des différents sites, tels l’Île-des-Moulins et la Maison Bélisle.

  • Ariane Paquet

    Ariane Paquet est coordonnatrice muséologie et patrimoine. Elle a pour principale responsabilité de coordonner les activités muséales, de planifier et d’organiser les mandats de recherche, de conservation, d'expositions et de collections. Elle s'assure du contenu historique de toute production écrite et/ou visuelle ainsi que de l'interprétation historique. De plus, elle a comme responsabilité de superviser l’équipe des guides.

  • Marie-Ève Valiquette

    Marie-Ève Valiquette est agente de projets en muséologie. Elle a pour principale tâche de coordonner la mise en œuvre des projets d’expositions temporaires, itinérantes et permanentes, intérieures ou extérieures. Elle assure tous les aspects de la gestion des collections.

Bonjour Valérie, Ariane, Marie-Ève, comment allez-vous aujourd’hui ? Je pense que l’on est à peu près tous familiers avec le concept de patrimoine. C’est un terme que l’on entend fréquemment dans les médias et en politique pour parler de notre héritage culturel, qu’il soit matériel ou immatériel. Le terme muséologie quant à lui est peut-être moins bien connu. Pourriez-vous nous dire de quoi il en retourne?

AP : La muséologie c’est l’art de raconter une histoire. C’est d’aller chercher les témoignages, les anecdotes, les objets et de trouver le lien entre eux pour raconter leur histoire et connecter avec le public.

MEV : Selon la définition officielle, la muséologie est l’ensemble des connaissances concernant la conservation, le classement et la présentation de collection de musées.

VL : C’est notre lien avec le public. L’art de créer le pont entre l’œuvre, l’histoire et les citoyens. Nous sommes privilégiées d’avoir accès à une collection d’artéfacts, prendre soin des objets qui ont traversé les époques et assurer leur conservation, mais si ces objets ne sortent jamais ou encore si le public ne peut pas les voir, nous passons à côté de notre mission.

photo : Simon Laroche
photo : Julie Chênevert

C’est vraiment fascinant ! Maintenant que l’on est tous au diapason avec les concepts de patrimoine et de muséologie, pourriez-vous nous dire comment ces grands concepts s’inscrivent dans votre quotidien à la SODECT? Autrement dit à quoi ressemble une journée type?

MEV : Il n’y a pas de journée type dans un musée. Pour les techniciens en muséologie, les tâches peuvent être très variées. Chaque projet apporte son lot de défis et de péripéties et chaque montage d’exposition est différent. Si vous cherchez un métier stimulant et n’aimez pas la routine, la muséologie est un milieu parfait pour vous!

AP : Pour moi non plus! Chaque journée est une boîte à surprises. Il faut comprendre qu’à la SODECT, nous ne faisons pas que des expositions, chaque événement inclut une portion historique et avec le contexte de la pandémie, nous avons dû faire preuve de créativité pour adapter les projets.

VL : Le quotidien est composé de plans et devis, de contacts avec les artistes, de recherches historiques, de rédaction, mais c’est beaucoup plus que du simple travail de bureau. Il y a énormément d’étapes avant d’arriver au produit final, que ce soit un projet d’exposition ou un événement.

Je remarque que vous êtes une équipe assez jeune et dynamique. Vous êtes tout le contraire de l’image poussiéreuse et ennuyante qui colle encore bien souvent à la peau des musées et des professionnels qui y travaillent. Afin de déconstruire ces préjugées persistants, pourriez-vous nous faire part des motivations qui vous ont amené à choisir de faire carrière dans le domaine du patrimoine et de la muséologie?

VL : L’important n’est pas l’âge, mais bien l’intérêt que nous avons tous pour l’histoire. À la base, il faut être quelqu’un de curieux et intéressé par tous les sujets. Notre rôle est d’assurer la conservation d’objets historiques, mais aussi d’en faire l’éducation et partager nos connaissances. De plus, nous avons la chance de travailler à l’intérieur de bâtiments patrimoniaux et sur un site historique exceptionnel qu’est l’Île-des-Moulins.

AP : Ce qui est stimulant, c’est que la muséologie peut être n’importe quoi! Tous les sujets sont intéressants en muséologie, que ce soit la science, la construction, la mode, les chats, tout est un prétexte pour raconter une histoire. Au niveau des tâches quotidiennes, un professionnel en muséologie peut être spécialisé dans plein de domaines comme la restauration, la conservation préventive des artéfacts, l’éducation, les projets d’exposition, etc.

MEV : Pour ma part, c’est le travail manuel et un intérêt déjà existant pour les musées qui m’ont attirée vers ce domaine. C’est un travail passionnant qui nous porte à acquérir toutes sortes de connaissances sur des sujets variés et souvent inattendus.

Valérie et Ariane vous êtes à l’emploi de la SODECT depuis 8 mois et Marie-Ève depuis bientôt 2 ans. Quels sont les plus grands défis à venir pour l’équipe à la programmation patrimoniale et muséale de la SODECT, mis à part les ajustements imposés par la crise de la COVID-19?

AP : Faire de la SODECT un lieu citoyen et créer une proximité avec la communauté et en faire un véritable pôle culturel. J’aimerais que le public parle de nos expositions et qu’il ait envie de suivre la programmation, au même titre qu’une série de spectacles par exemple.

MEV: Je crois qu’un de nos grands défis sera de mettre au goût du jour et de moderniser nos pratiques, nos activités et notre offre afin d’attiser l’intérêt d’un plus grand public. Par exemple, l’exposition permanente de la Maison Bélisle devrait être renouvelée prochainement.

VL: Mettre en valeur nos lieux d’exposition à leur plein potentiel, utiliser l’espace pour se démarquer et faire preuve d’innovation dans les projets qu’on propose. L’avantage d’être une équipe jeune et dynamique, c’est que nous avons des idées de grandeur et le désir de nous surpasser.

photo : Simon Laroche
photo : Simon Laroche

À propos de la crise de la COVID-19, j’aimerais savoir comment celle-ci a influencé ou modifié la programmation muséale de la SODECT? Ne devait-il pas y avoir une nouvelle exposition permanente au Bureau seigneurial dès la fin mai? Qu’advient-il de cette exposition?

AP : Eh Lala! La pandémie a causé un retard de production pour la nouvelle exposition permanente, ce qui fut finalement une bonne chose étant donné que nous avons remarqué un problème dans la structure de la salle d’exposition. Les travaux devraient se terminer vers la fin de l’année et on se croise les doigts pouvoir inaugurer l’exposition en janvier!

VL : La pandémie a aussi eu un impact sur l’ouverture de nos lieux d’exposition, comme partout au Québec. Le premier secteur culturel à être « déconfiné » a été le secteur muséal et les bibliothèques. Nous avons donc dû produire deux expositions en l’espace de quelques semaines afin d’offrir rapidement au public un accès à la culture. De plus, nos employés ont dû s’adapter à de nouvelles mesures sanitaires, du jour au lendemain. Comme les annonces gouvernementales arrivaient au compte-goutte, nous avons devions nous adapter au fur et à mesure nous aussi.

 

La SODECT reçoit et développe plusieurs types d’expositions, que ce soit en arts visuels ou à caractère historique. Quelles sont les particularités pour chacune des expositions? Est-ce que votre travail s’articule différemment en fonction du type d’exposition?

MEV : En arts visuels, le processus de préparation des expositions est plus court. Une fois les œuvres choisies et le plan d’accrochage fait, il ne reste que l’installation. Pour des expositions plus historiques, il y a une grande partie de recherche, de rédaction, de graphisme et d’impression avant de passer au montage.

AP : Ce qui est intéressant dans le fait d’avoir des expositions artistiques et d’autres plus historiques, c’est surtout de pouvoir aller chercher un public plus large, d’avoir une offre culturelle qui intéresse à la fois les amateurs d’art et d’histoire.

VL: Mis à part les sujets d’exposition, le travail à faire est différent selon le type d’exposition. Une exposition permanente par exemple, qui dure en moyenne 10 à 15 ans, répond à  des objectifs différents qu’une exposition temporaire, qui prend l’affiche pendant quelques mois. C’est ce qui nous permet de développer une programmation riche et dynamique à travers les années. Pour ce qui est de nos expositions itinérantes qui se promènent à travers la province, elles permettent d’agrandir notre public et de faire rayonner la SODECT dans d’autres régions.

 

Photo : Simon Laroche – Exposition Frette ou tablette – 400 ans de bière au Québec
photo : Simon Laroche

Mis à part la planification, la conception et la scénarisation d’expositions, sur quels autres projets travaillez-vous? Est-ce que vos collègues à la SODECT font souvent appel à vos connaissance en histoire pour élaborer des programmations d’activités?

MEV: À part la logistique et l’installation des expositions, j’ai comme grande tâche la gestion de la collection d’artefacts de la SODECT. Gérer une collection est un travail constant qui demande beaucoup d’attention et d’expertise et qui sert entre autres à préserver le patrimoine matériel de Terrebonne.

AP: Tous les événements produits à la SODECT ont un aspect patrimonial. Que ce soit 1804 : l’événement ou le Festival Vins et Histoire de Terrebonne, on essaye toujours de trouver des activités qui vont faire connaître l’histoire.

Quels conseils donneriez-vous à nos jeunes et moins jeunes lecteurs qui souhaiteraient faire carrière dans le domaine muséal?

MEV : Comme c’est un milieu qui peut être difficile, il faut certainement être persévérant et passionné. Il n’y a pas énormément de postes permanents, donc il faut être prêt à être travailleur autonome pendant une certaine période. Un bon conseil serait de prendre toutes les opportunités de travail ou d’expériences qui se présentent à vous. Par exemple, les stages d’été ou de petits contrats qui se rapprochent de près ou de loin au métier qui vous intéresse, car une expérience de stage de 3 mois n’a peut-être l’air de rien, mais en entrant sur le marché du travail, c’est tout de même 3 mois d’avance sur ceux qui n’en ont pas fait!

Avant de conclure, j’aimerais entendre quelques-uns des projets « licornes » que vous souhaiteriez mettre en place à la SODECT dans les années à venir. Ariane, est-ce que tu peux expliquer, en entrée de jeu, qu’est-ce qu’un projet « licorne »?

AP : C’est une expression que nous avons commencé à utiliser dans l’équipe pour décrire un projet qui est très ambitieux, d’une ampleur jamais vue encore à la SODECT, qui englobe nos rêves les plus fous!

MEV: Un projet fou qui me trotte dans la tête depuis quelque temps serait d’avoir un centre de collection et d’archives de Terrebonne où nous pourrions avoir des espaces de travail spécialisés qui atteignent les plus hautes normes de conservation. Nous pourrions augmenter le volume de la collection et rapatrier les archives de Terrebonne qui se trouvent présentement aux archives de Lanaudière et avoir une équipe de travailleurs spécialisés pour gérer le tout.

VL : Telle une créature mythique, un projet
« licorne » est de rêver de l’inatteignable. Il faut se fixer des buts et des objectifs sans limites et sortir du cadre. C’est ce qui nous permet d’être créatifs et de rester motivés. Cependant, comme il ne faut pas dévoiler un souhait si on veut qu’il se réalise, ce dossier est TOP SECRET!

Merci d’avoir pris le temps de répondre à mes questions et de nous avoir éclairés sur les métiers du patrimoine et de la muséologie ! On vous souhaite beaucoup de succès dans l’ensemble de vos projets licornes ou pas !