Tête-à-tête avec les employés de la SODECT | Arts de la scène
Une équipe pleine de couleurs

par Julie Chênevert – Coordonnatrice – Médiation culturelle et éducation | SODECT

Travailler en programmation des arts de la scène, c’est se retrouver devant un casse-tête avec plein de morceaux, plein de possibilités, plein de couleurs. Tout est beau, tout peut s’amalgamer. Mais il faut assembler ce casse-tête afin qu’en résulte une œuvre qui nous ressemble. C’est ça une programmation.

© photo - Simon Laroche

Bonjour, comment ça va? Plus spécifiquement, comment ça se passe pour vous la reprise graduelle des activités « post confinement » au Théâtre du Vieux-Terrebonne ? Est-ce que les artistes sont au rendez-vous? Et le public lui?

Actuellement, le travail est loin d’être évident.  Nous nous voyons comme des funambules qui cherchent encore leur équilibre. Nous sortons à peine du brouillard et ne savons même pas s’il va revenir!

La reprise graduelle des activités est vraiment bénéfique. On a travaillé comme des fous dans les derniers mois à tricoter, détricoter et retricoter une programmation avec comme objectif de maintenir notre lien avec nos clients et les artistes. En fait, oui les artistes sont au rendez-vous et veulent travailler. Des propositions nouvelles et adaptées sont nées lors de la COVID afin de poursuivre autrement la diffusion des arts de la scène. Nous devons également voir la suite des spectacles déjà programmés et en vente. Cela demande une adaptation de part et d’autre, c’est tout un défi! Nous travaillons tous hors de notre zone de confort. Cet automne, au Théâtre, il n’y aura pas de spectacles internationaux, pas de variétés, pas de concerts en gros band. Plutôt des solos, duos et quelques trios. Ça nous oblige à faire des choix, ce qui est rare à la SODECT! Nous avions auparavant un volume et un dynamisme tellement importants que presque toutes les offres s’arrêtaient chez nous. Maintenant, il faut encore plus affiner notre direction artistique. C’est donc notre couleur qui ressort encore plus!

Et le public lui? C’est un retour pour tous, il est timide, mais il est au rendez-vous! Depuis quelques jours, notre travail prend tout son sens en le voyant entrer dans notre salle et s’exclamer « Maudit que ça fait du bien de revenir ici ». Ces réactions, c’est notre bonbon!

La salle, elle, avait hâte de retrouver son public. Il y règne une atmosphère fébrile et le silence qu’elle abrite lorsqu’il y a du public est totalement différent. Elle qui avait l’habitude d’accueillir des foules soir après soir doit s’adapter aux plus petites jauges. On parle de moments uniques et très intimes!

© photo – Simon Laroche

C’est très intéressant l’image du tricotage, détricotage, retricotage, je pense que ça parle à beaucoup de gens! J’ai plein de questions qui me viennent en tête, par exemple comment la crise de la Covid-19 a influencé ou modifié votre travail, mais avant, pourriez-vous mettre la table et nous expliquer en quoi consiste le métier d’agent(e) à la programmation? À quoi ressemble une journée type?

Réponse typique : il n’y a pas une journée identique…

Le travail à la programmation des arts de la scène varie beaucoup selon les périodes de l’année : en période de programmation intense, en prévision du lancement d’une saison (hiver), ce sont des courriels à profusion, des négociations avec les producteurs et agents de spectacles, une gestion épouvantable de calendriers de spectacles, des rencontres de suivis avec des agents, etc. Puis, en période de mise en vente, c’est la préparation à la brochure et au lancement de saison, valider les prix de billets, chercher le matériel promotionnel, entre autres. À l’été et à l’automne, nous sommes souvent en période de « repérage ». Nous allons voir des spectacles, visionnons des captations, écoutons des albums, participons à des événements et festivals afin de découvrir des artistes. Chaque année, notre équipe de programmation voit en moyenne plus de 200 spectacles et écoute des centaines d’albums. Finalement, nos choix s’arrêtent et nous analysons les offres.

Donc, si je résume, une bonne partie de votre travail consiste à écouter de la musique et à assister à des spectacles en tout genre, ça semble vraiment le fun! Je vous relance maintenant ma question : comment la crise de la Covid-19 a-t-elle influencé ou modifié votre travail d’agent (e) à la programmation?

Bon… avec la COVID, on est ailleurs, avec son lot d’incertitudes et une grande capacité d’adaptation, tout s’est calmé et tout a changé.

Nous sommes moins en proaction, mais davantage en réaction.

Cela ne nous a pas empêchés de programmer une quinzaine de spectacles extérieurs cet été – sans subventions. Nous étions les seuls à le faire! (Hésitation). Du moins, nous étions l’un des rares diffuseurs à le faire! Dans les derniers mois, nous nous sommes donné une agilité que nous n’avions pas auparavant, soit celle de s’ajuster et d’effectuer un travail itératif pour maintenir nos activités en place.

© photo – Simon Laroche
© photo – Simon Laroche

On sent bien que vous êtes passionnés par votre métier! Est-ce que vous pourriez justement nous dire ce qui vous stimule le plus dans votre travail?

Une fois que le puzzle de la programmation est complété, nous sommes tous fébriles de la présenter à nos fidèles spectateurs : comment vont-ils réagir? Avons-nous trop poussé l’audace? Y a-t-il une offre assez diversifiée? Etc.

Mais, notre récompense, c’est la satisfaction des clients envers les œuvres présentées. C’est de voir un couple qui n’est jamais venu au théâtre s’émouvoir et désirer répéter l’expérience. C’est de discuter avec des abonnés de longue date et de constater qu’ils ont choisi un spectacle à découvrir et qu’ils sont tombés sous le charme d’un artiste. C’est de voir les sourires avant et après les spectacles.

C’est aussi d’entendre mille petites mains applaudir en unisson. Et, à la tombée du rideau, contempler la lumière dans leurs yeux.

Inversement, est-ce qu’il y a quelque chose qui vous agace ou que vous aimez moins de votre métier?

Sommes-nous obligés de répondre? Hihi.

En vérité, c’est toujours difficile de dire non à des projets. Il faut faire des choix, qu’ils soient financiers ou artistiques. Nous travaillons avec des humains et les décevoir n’est pas agréable.

Aussi, il faut mentionner qu’il existe une incompréhension de notre travail de l’ombre. C’est un travail qui se fait en amont et qui entoure les aspects techniques et financiers d’une salle de spectacles, des aspects qu’il faut comprendre dans leur globalité. Maintenir un équilibre financier dicte souvent nos choix, ce qui, pour une équipe passionnée et sensible aux œuvres artistiques, est souvent accompagné de petits deuils.

© photo – Simon Laroche
© photo – Simon Laroche

Pour nos jeunes lecteurs qui souhaiteraient suivre vos traces, ou même ceux et celles qui voudraient réorienter leur carrière, quels conseils leur donneriez-vous?

Deux générations se côtoient dans notre équipe de programmation. La partie « sagesse » de celle-ci vous mentionnerait qu’il faut être passionné, travaillant et persévérant. C’est un domaine passionnant où il faut développer des compétences en gestion, avoir une rigueur importante, être un habile négociateur, aiguiser son sens critique et suivre des formations artistiques, notamment celle de RIDEAU de Profession diffuseur. Il faut bien entendu être présent dans son milieu et se faire les dents en voyant des œuvres à profusion!

La partie « relève » de l’équipe vous mentionnerait quant à elle qu’il faut écouter les sages! En effet, il y a de grandes pointures à chausser. La conciliation travail-famille est importante et il ne faut pas l’oublier.

Le point d’ancrage de ce travail, c’est vraisemblablement la passion pour les arts et la culture.

C’est intéressant ça, je prends des notes des fois que je voudrais changer de carrière! Blague à part, on a beaucoup parlé dans la dernière année de la position et du rôle des femmes dans le domaine des arts de la scène, et je n’ai pas pu m’empêcher de constater que votre équipe était majoritairement composée de femmes. Est-ce que c’est un hasard ou une volonté de la direction? Et surtout, est-ce que ça influence vos choix artistiques quand vient le temps de mettre sur pied une programmation?

Cette question arrive à point puisque la programmation lancée cet automne aborde beaucoup le rôle et la place des femmes dans la société.

Depuis sa création en 1987, le Théâtre du Vieux-Terrebonne n’a eu que des directions artistiques féminines! C’est un hasard, mais il est indéniable que la direction artistique et la gestion s’avèrent bien différentes avec une vision féminine. Habituellement, dans le domaine des arts de la scène, il y a toujours eu beaucoup d’hommes dans la gestion.

À la SODECT, on ne valorise pas plus les femmes que les hommes, mais plutôt les compétences! Ce n’est pas en opposition que nous devons analyser cela, mais une complémentarité des forces et des points de vue.

Plus précisément, le regard féminin permet de faire des choix et des approches différentes, peut-être plus sensibles, et c’est peut-être bien de cette manière que l’on se démarque.

© photo – Simon Laroche
© photo – Simon Laroche

Pour terminer, qu’est-ce qui distingue l’équipe à la programmation de la SODECT des autres diffuseurs?  

Nous sommes une équipe multigénérationnelle et polyvalente. Nous avons tous nos forces, notre fougue et notre passion qui nous poussent à travailler ensemble. Dans notre équipe, nous avons un parfait mélange entre l’ambition, la sagesse, l’expérience et la créativité. On pourrait aussi ajouter les rires aux éclats de Louise, les cheveux en brousse d’Alexandre, les mix verts de Renée et les bas de laine de Jessica, mais… on n’ira pas là! hihi

Merci d’avoir pris le temps de répondre à mes questions et d’avoir éclairé notre public à propos du métier d’agent (e) de programmation. On vous souhaite une excellente saison alternative et beaucoup de succès dans la poursuite de vos activités!